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La torture : hier et encore aujourd’hui |
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Deuxième partie |
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Ce texte constitue la seconde partie d’un texte consacré à la torture dont la première partie a été publiée dans notre numéro précédent. Arrivés au 20e siècle et ensuite au 21esiècle, on a de moins en moins recours à la torture physique. Non seulement celle-ci est considérée comme inutilement cruelle et donc interdite, mais on se rend bien compte que l’usage de tels châtiments peut faire dire un peu n’importe quoi à un peu n’importe qui. De nos jours, le plus souvent, la torture consiste à briser les défenses psychologiques du prisonnier. Parallèlement se développe ce qu’on qualifie dorénavant de torture d’État, utilisée dans de nombreux États totalitaires, mais aussi dans plusieurs démocraties. Nous nous concentrerons ici sur l’exemple américain. À l’origine, ce qu’on a désigné techniques d’interrogatoire coercitives impliquaient deux types de procédés : la désorientation sensorielle et les souffrances auto-infligées. On pensait que les méthodes inspirées de la psychologie seraient plus efficaces que les souffrances physiques infligées. Par exemple, dans une expérience réalisée en 1951 à l’Université McGill, on avait exercé des privations sensorielles sur un groupe d’étudiants. Ceux-ci devaient porter des lunettes et des gants, et se trouvaient couchés seuls dans des cubicules dans un silence complet. Ils étaient en situation de désorientation sensorielle. Après deux jours de ce traitement, les sujets se trouvèrent hallucinés comme s’ils étaient sous l’emprise de la mescaline. De pareilles expériences auraient convaincu les experts de la CIA qu’en modifiant les paramètres autour des sens, on peut détruire les défenses psychologiques de n’importe quel dur à cuire. On cherche à obtenir des régressions chez le prisonnier, souvent grâce à des techniques simples qui modifient la routine comme changer les heures de repas, avancer/reculer l’horloge, etc. Peu à peu, la CIA aurait développé une véritable expertise dans les techniques d’interrogatoire. On a réalisé que de détruire les schémas socio-temporels et les perceptions sensorielles permet d’obtenir en quelques heures ce qui prendrait des mois dans un milieu ordinaire de réclusion. Apparemment, c’est dans ce cadre que se développe l’Opération phœnix. On a alors consulté les experts militaires français pour se mettre au fait des techniques qui ont été utilisées lors de la guerre d’Algérie. Les Américains en feront usage en les raffinant, entre autres, contre les Viêt-Congs. Elles seront aussi, paraît-il, monnaie courante à Guantanamo et à la prison d’Abrou Ghraib en Iraq (c’est du moins ce qu’affirment certaines sources). Selon les USA, les détenus dont il est question ne seraient pas protégés par la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre car celle-ci ne s’appliquerait pas aux détenus des pays déchus et ainsi, elle ne protège ni les Talibans ni les membres d’Al-Qaida. Il s’agissait de la position officielle des USA et cela malgré l’opinion contraire de Collin Powel alors secrétaire d’État. Dans ce contexte, les détenus désignés comme unlawful combattants (combattants irréguliers) pouvaient désormais faire l’objet de méthodes poussées d’interrogatoire. Pour comprendre la logique qui sous-tend tout ça, il faut remonter à la présidence de Reagan. Celui-ci refusait d’accorder aux terroristes le statut de prisonniers de guerre. Alors, en 1988, quand il a soumis au Congrès la convention onusienne de 1984, il l’a fait avec 19 réserves. L’ONU définit la torture comme : tout acte par lequel une souffrance ou une douleur aiguë, physique ou mentale est infligée volontairement à une personne aux fins d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux. Le président Reagan ne veut pas que les techniques psychologiques soient parties prenantes de la prohibition de toute torture. La torture doit être limitée à un acte intentionnel d’infliger une douleur physique ou à faire ingérer des substances modifiant les facultés mentales, la menace d’une mort imminente et la perturbation définitive de la personnalité. Le gouvernement américain insistera sur le caractère intentionnel de la douleur imposée. Ainsi, un interrogateur dont le but n’est pas de causer de la douleur mais bien d’obtenir des renseignements, ne pratique pas la torture. Paradoxalement, même si bon nombre de militaires américains dans le cadre de leur formation se trouvent en situation d’interrogatoire poussé (à titre d’exemple une simulation de noyade) l’armée américaine interdit la torture, même dans sa définition élargie, parce que ce serait préjudiciable à l’armée américaine dont l’action se verrait entachée par de telles pratiques. Malgré tout, la Convention de 1988 est finalement adoptée par le Congrès américain en 1994 mais, son rayon n’implique que la torture physique. Cette position sera considérée comme légitime par certains, surtout en ce qui concerne Al-Qaida dont les membres ne respectent aucunement les lois de la guerre; c’est pourquoi on ne doit pas les considérer comme des prisonniers de guerre. D’ailleurs, dans la foulée des événements du 11 septembre, il semble que l’usage de la torture soit de plus en plus considéré comme légitime. Ainsi, en 2006, sera déposée ce qu’on appelle la Torture Law. Celle-ci autoriserait clairement la création de tribunaux d’exception et la désignation de prisonniers au titre d’ennemis combattants illégaux. Cette législation serait cependant en contravention avec la constitution américaine. D’aucuns affirment même que l’administration américaine aurait développé un réseau parallèle de prisons secrètes, disséminées un peu partout à travers le monde où on pouvait utiliser toutes sortes de techniques proscrites en territoire américain. En 2004, coup de théâtre. Le réseau CBS rend publiques des photos de prisonniers d’Abou Ghraib alors qu’ils subissent de mauvais traitements de la part de la police militaire. On oblige certains prisonniers à poser des gestes humiliants et on réalise des photos de détenus dans des positions sexuelles explicites, de masturbation publique, de port de colliers de chiens, etc. On apprend alors que certaines techniques comme la privation de sommeil et les simulations de noyade sont utilisées, bien qu’elles fassent l’objet (même maintenant) de sérieuses controverses. Les MP impliqués, dont les photos ont fait le tour du monde, seront condamnés dans certains cas à quelques mois de prison et dans un cas à 10 ans de peine. Mais malgré ce scandale, le président Bush (fils) opposera en 2008 son veto présidentiel sur la loi qui interdit la simulation de noyade (water boarding) et autres techniques poussées d’interrogatoire. Déjà, par un décret présidentiel (qui sera rendu caduc en 2004), on avait désigné Guantanamo comme zone échappant aux juridictions américaines, laissant le champ libre aux interrogatoires musclés. On invoquera aussi à la défense des interrogateurs que lorsque les techniques sont déployées contre un détenu, il y a toujours présents un psy et une équipe médicale qui peuvent tout arrêter quand l’état du prisonnier le justifie. Mais voici que Barak Obama entre à la Maison Blanche. À peine son investiture passée, il s’engage à fermer Guantanamo pour 2010 et à contraindre la CIA au respect des mêmes balises que l’armée américaine (donc l’usage de la torture serait défendu). Du même souffle, il promet que les centres secrets de détention hors du territoire américain seront interdits. On sent nettement que le nouveau président veut se démarquer de l’administration précédente. Pourtant, le 20 janvier 2010, Guantanamo était toujours ouverte. Au moment de l’entrée en fonction de Barak Obama, elle comptait 240 détenus. Cent d’entre eux auraient pu être relâchés parce qu’ils n’étaient pas considérés comme dangereux. Malheureusement, plusieurs États ne souhaitaient pas rapatrier leurs ressortissants, et dans le cas d’environ 60 d’entre eux, la torture aurait même été au rendez-vous dans leur pays d’origine (les Ouighours chinois par exemple). On a envisagé le transfert de certains détenus sur le territoire américain, mais pour l’instant le Congrès s’y oppose. On a aussi pensé que certains prisonniers pourraient être traduits devant le tribunal militaire et d’autres devant les tribunaux fédéraux. Il semble cependant qu’une centaine d’entre eux seraient considérés par les autorités comme trop dangereux pour être libérés et, comme on a contre eux peu de preuves et/ou des preuves irrecevables parce qu’elles ont été colligées sous la torture, il serait difficile d’obtenir des condamnations. Par ailleurs, l’administration américaine a autorisé la publication de documents confidentiels de la CIA. On y apprenait que non seulement les positions de stress, les expositions au chaud, au froid ou au bruit ont été utilisées (toutes ces méthodes ne sont pas considérées comme des actes de torture aux USA, mais condamnées comme telles dans le droit international), mais qu’on a aussi utilisé la privation de sommeil, la simulation de noyade, la menace de perceuse électrique et les menaces de viol ou de mort des membres de la famille alors que l’utilisation de toutes ces méthodes, rappelons-le, demeure très controversée. Par ailleurs, l’American Civil Liberties Union avait obtenu d’un tribunal fédéral l’autorisation d’exiger la publication de photos compromettantes de tortures infligées à des prisonniers afghans et irakiens. Contre toute attente, Obama a finalement décidé de faire appel, alléguant que de rendre publiques ces photos alimenterait l’animosité à l’égard des États-Unis. Le président a d’autre part assuré que les agents de la CIA qui ont torturé ne seraient jamais traduits en justice parce qu’ils auraient agi en toute bonne foi croyant servir l’intérêt de la nation. Alors, considérant tout ceci, deux questions me viennent à l’esprit : Monsieur Obama votre prix Nobel était-il mérité et les USA peuvent-ils toujours ne faire appliquer que les règles qui leur conviennent et ainsi faire fi du droit international et des droits de la personne? Il en va, selon moi, de la dignité humaine… Sources http://www.chine-chinois.com/blog-chine/culture-chinoise/les-dix-tortures-sauvages-sous-la-dynastie-qing/ Mellor, Alec, La torture, Éditions Mame, 1961,419 pages. |
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