Bernard P.

Un petit cours
sur le fleuve

Cinéma

BP.Un petit cours sur le fleuve

Même si, comme tous les Montréalais, je vis sur une île entourée d’eau, j’ai rarement eu l’occasion de faire connaissance intime avec le fleuve et ses abondantes ressources végétales et fauniques. Peut-être est-ce dû au fait que moins de 40% des berges sont accessibles au public, selon ce qu’indiquait un récent article du Voir. Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de remédier quelque peu à mon ignorance, en effectuant deux excursions, l’une sur la rivière des Mille-Iles et la seconde sur l’île St-Bernard (que j’imagine nommée en mon honneur), dans le secteur de Châteauguay.

Pour 90 minutes de visite en bateau de la rivière des Mille-Iles, il en coûte quinze dollars. Tous les profits vont à Éco-Nature, un organisme à but non lucratif dédié à la conservation du milieu naturel. Au départ le matin, nous n’étions que onze, mais le capitaine a gentiment fait une exception pour nous permettre d’embarquer, vu qu’habituellement aucun départ n’a lieu lorsque l’on compte moins de douze passagers.

Par contre, je dois admettre que j’espérais des informations plus détaillées en ce qui concerne l’équilibre de l’écosystème. La guide s’est vraiment limitée à un cours 101. J’ai quand même appris que le nénuphar prenait sept ans à produire sa fleur, et qu’un esturgeon pouvait vivre jusqu’à 80 ans. Ceci expliquant cela, ce poisson à la chair tendre et goûteuse fait maintenant partie des espèces vulnérables ou menacées, au même titre que trois des quatre espèces de tortue répertoriées dans la rivière. Aussi, si apercevoir un héron ne comporte rien d’exceptionnel en soi, nous avons eu la chance de s’en approcher de très près sans qu’il ne s’envole, puisqu’il était très occupé à la pêche. J’ai songé qu’avec une diète similaire, moi aussi je deviendrais beau et svelte.

Probablement en raison de mon caractère plus indépendant (ermite?), j’ai davantage apprécié ma visite sur l’île St-Bernard, qui demeure à ce jour le milieu naturel le mieux conservé aux environs de Montréal. L’explication, historique, est toute simple : le refuge appartenait aux Sœurs Grises, depuis que leur fondatrice s’était vue accorder la Seigneurie de Châteauguay en 1765. Par contre, l’île n’est pas desservie par le transport en commun régulier. Ainsi, les pauvres hères qui ne possèdent pas de véhicule automobile devront se rabattre sur une navette fluviale en service seulement les fins de semaines de juin à septembre, au départ de Lachine. C’est évidemment ce que j’ai fait. L’air salin du fleuve nous met dans un bon état d’esprit pour apprécier les charmes de la nature.

Il faut par contre s’attendre à beaucoup de marche dans les sentiers. Ceux-ci donnent souvent accès à la plage, mais la baignade est strictement interdite. De nombreux panneaux informatifs attirent notre attention sur des éléments spécifiques du milieu. On demande aussi de ne pas cueillir la végétation. Comme pour tenter la gourmandise, de nombreux framboisiers sauvages nous appelaient de leurs petits fruits rouges remplis de sucre. Peut-être parce que je m’y suis rendu une journée de canicule, je n’ai pas pu visiter l’intégralité des sentiers de marche. Les curieux qui désirent observer les marais n’auront peut-être pas à attendre très longtemps avant que grenouille ou crapaud ne se manifeste. Personnellement, j’ai préféré l’aigrette blanche, un oiseau plus petit que le héron, mais au plumage si blanc que je me serais cru au Lac des Cygnes.

Bonus : afin d’en faire profiter le plus grand nombre, la visite de l’île et de la réserve faunique est entièrement gratuite. Il faut par contre payer la navette fluviale, si on choisit ce mode de transport. Comptez seize dollars pour un aller-retour. Vous imaginez ma déception quand j’ai lu dans des documents distribués sur place que la corporation à but non lucratif qui gère le site avait dû retenir les services de gardiens rémunérés (en plus des bénévoles) pour prévenir la destruction de l’habitat. Semblerait que des adeptes de motoneige (entre autres) démontraient une conscience écologique inversement proportionnelle à la puissance de leur engin.

Dans un même ordre d’idées douteuses, le propriétaire de l’île Locas, au nord de Laval, fut victime d’un débordement soudain d’enthousiasme cupide au printemps 2007. Il tenta donc de construire des condos avec vue sur la rivière, sans permis et au mépris de plusieurs règlements. Pendant que les élus municipaux tergiversaient et agissaient plus lentement que la plus lente des tortues, la nature se chargea elle-même d’y mettre le holà. L’humidité prit peu de temps à envahir les fondations, de sorte que le projet et les dollars déjà investis se retrouvèrent… à l’eau. Les dommages écologiques se limitèrent donc à ceux consécutifs à des travaux de remblais.

« Que la peste soit de l’avarice et des avaricieux! » écrivait Molière dans un autre siècle. Plus simplement, je dirais qu’il est parfois bon de voir la nature reprendre ses droits.

Pour + d’infos 

Aurore LEHMANN, Montréal prend l’eau , VOIR, 22 juillet 2010

http://www.heritagestbernard.qc.ca
http://www.parc-mille-iles.qc.ca
http://www.courrierlaval.com/Environnement/2007-10-03/article-1127280/Le-promoteur-de-lile-Locas-sevit-encore/1

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