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i À neuf ans, j’ai découvert le théâtre quand j’ai joué la sorcière dans « Hansel et Gretel. » Je me souviendrai toujours du moment où je suis descendue près des spectateurs/trices pour leur offrir des biscuits et faire peur aux petits/es. Lorsqu’ils/elles ont mangé leurs biscuits, j’ai été « mordue » par le pouvoir du théâtre. Cet amour pour le jeu théâtral m’a bien servi pendant mon adolescence, car j’ai dû affronter des situations hostiles. Comme soulagement, j’avais presque toujours le théâtre, la danse et le piano. Le théâtre, en particulier, me servait d’évasion et me permettait, par le biais de la fiction, de vivre des situations plus sécuritaires que le chaos de ma vie émotionnelle et sociale. ii Avance rapide de quelques décennies. Je vois une annonce dans le bulletin d’AMI-Québec faisant appel aux personnes ayant des problèmes de santé mentale qui veulent devenir – êtes-vous prêt? monologuistes d’humour. Ceci fait appel non seulement à mes instincts d’écrivaine créative, mais aussi, à l’interprète qui sommeille en moi depuis trop longtemps. iii Quelques semaines avant le premier spectacle, un article à propos de Sur scène pour la santé mentale, le groupe auquel j’appartiens, a paru dans le quotidien «The Gazette». Il s’agissait pour moi d’un grand événement, car la journaliste m’a interviewée, avec un autre participant, pour écrire un article accompagné d’une photo où j’étais debout devant un micro. Beaucoup de personnes ont lu l’article. On a souvent mentionné mon courage d’être aussi ouverte publiquement avec mes problèmes de santé mentale. On avait raison. Si quelqu’un m’avait dit, il y a un an ou même six mois, que je serais une monologuiste plaisantant de ses problèmes de santé mentale, je ne l’aurais pas cru. Mais j’aime le «challenge» comme on dit, et le contexte était idéal pour moi : un cours de dix semaines avec beaucoup de feedback sur l’écriture, suivi de deux spectacles avec un honorariat. De plus, le prof, qui vit à Vancouver et qui a communiqué avec nous par vidéoconférence, m’a encouragée à faire le spectacle sans le rendre obligatoire (car j’étais la seule personne qui eût pris le cours comme écrivain d’abord). iv La journée du premier spectacle, j’étais, bien entendu, nerveuse. C’est pour ça que j’ai décidé d’aller à AMI-Québec pour une répétition en direct avec David Granirer, le fondateur de Sur scène pour la santé mentale. David, qui souffre lui-même de dépression, était accompagné de son fils Jonathan, 12 ans. Jonathan fait des monologues d’humour depuis l’âge de cinq ans et a participé à plus de 300 spectacles selon David! Le groupe a pris le transport en public pour aller au club Le Belmont, où le spectacle « Avez-vous la folie de la comédie? » se déroulerait. On a mangé de la bouffe végétalienne pour emporter, pour la plupart; certaines carnivores ont commandé de chez Subway. Pendant une heure et demie, avant que les portes ne s’ouvrent au grand public, l’atmosphère était intense. Quant à ma préparation, j’avais des fiches où figuraient toutes mes blagues, une blague par fiche. Je connaissais mon matériel assez bien alors c’était vraiment juste pour m’orienter, pour me tenir sur la bonne piste. Si j’avais dû mémoriser le tout, je pense que j’aurais été trop anxieuse. (Deux jours plus tard, lors d’un spectacle plus modeste, j’allais faire mon monologue avec l’aide d’une fiche énumérant toutes mes blagues, laissant une main libre pour le micro. J’ai bien aimé l’expérience, car je me sentais plus naturelle, et plus « pro »). Comment la soirée au Belmont s’est-elle déroulée? Mon expérience personnelle, en peu de mots : incitante et gratifiante. Être de nouveau sur les planches, surtout quand tu fais rire une bonne partie de l’auditoire, c’est magnifique pour l’estime de soi. C’était vraiment le fun!! Après le spectacle, j’ai été bien entourée de personnes venant pour me voir et me félicitant. Je pense que, sans fausse modestie, j’ai fait un bon spectacle, alors c’était bien mérité. L’attention de mes amis/es et de ceux/celles que j’ai touchés/es ce soir-là m’a profondément émue. Ça m’a valorisée car je me sentais beaucoup plus impliquée dans la société en général. Quand on redéfinit la réalité en santé mentale, quand on se fait entendre comme partenaire égal vis-à-vis des autres « joueurs », la société évolue. v Je me définis d’abord comme personne créative. C’est lors d’un acte de création que je me sens le plus vivante. À l’occasion d’un discours qu’il a livré l’automne passé à Montréal, l’auteur Charles Barber, qui souffre lui aussi du Trouble obsessionnel compulsif, a dit que pour se guérir de la maladie mentale, il faut se « ré-inventer » en se fiant sur sa créativité. C’est d’ailleurs, selon lui, un processus qui prend des décennies. Écrire un monologue d’humour et le présenter en public constituait pour moi un défi énorme. Accepter de m’identifier comme personne ayant une maladie mentale dans « The Gazette » l’était également. Mais j’ai découvert dans le processus que je suis beaucoup plus qu’un paquet de troubles. Exclure les patients/es psychiatrisés/ées du discours officiel de la société productive prive tout le monde d’une immense ressource humaine. Laissez-nous parler – la maladie mentale n’est pas que sombre. Et en riant, tout le monde est gagnant. |
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